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7.24.2007

Pendant ce temps, de l'autre côté de la flaque...

Si moi, de mon côté, je m'applique à mes devoirs de maman-en-devenir et de prof-à-subir, il semble que l'heure est aux grands événements artistiques de l'autre côté de la flaque.

C'est à peine si nos avions ne se sont pas croisés sur l'Atlantique, car toute une délégation d'artistes de chez nous avait rendez-vous à Capbreton très peu de temps après ma rentrée pour la 10e édition des magnifiques Déferlantes francophones. Fayo, Dominique Dupuis, Pascal Lejeune, Roland Gauvin, Vishtèn, Ryan Leblanc et Dano Leblanc (Acadieman) se sont joints pour l'occasion à une impressionnante brochette d'artistes franco-canadiens du Québec et d'ailleurs pour faire entendre la musique de chez-nous à des oreilles attentives. J'ose croire que Dame Pieuvre et son équipe saura nous pardonner de leur avoir envoyé Anne Godin cette année (!). En tout cas, j'espère qu'ils n'en auront pas trop souffert et qu'ils en auront profité, malgré la pluie, pour bien fêter. En tout cas, les photos de leur blogue en donnent bien l'impression! Quant à moi, j'espère pouvoir un jour présenter à Bédaine les vertues de l'arrière-scène et des vagues masseuses de Capbreton...

Et si mes calculs sont bons, la joyeuse bande que forme la délégation de la SPAASI doit bientôt prendre le cap pour Lorient, Festival interceltique oblige... Mais vraiment, quel été pour eux!

6.20.2007

Ce déplacement est rendu possible grâce aux gentils monsieurs de la SNCF qui aiment bien faire la cour aux femmes enceintes

C'est en des journées comme celle-ci que s'opère la magie du terrain.

Une bonne tête chercheuse, si bonne tête chercheuse il y a véritablement, doit toujours rester sensible aux concours de circonstances. Et laissez-moi vous dire que mes antennes, aujourd'hui, ont vibré -- et pour cause! Les fidèles lecteurs de ce blogue auront retenu que j'ai pris un TGV pour Lille aujourd'hui. Alors... Figurez-vous qu'en déambulant dans la grande place, à la recherche d'une glace (c'est pour mieux nourrir le bedon de Bédaine!), j'ai croisé ceci :



Cette façade peut vous sembler assez banale, mais moi elle m'a fait faire une petite danse de joie. Car imaginez-vous que je cherche depuis des lunes à établir un contact avec le Théâtre du Nord -- c'est une histoire de recherche, une curiosité à satisfaire sur les circonstances et les expériences d'une coproduction entre cette compagnie et d'autres, au Canada français (d'ailleurs, le TN donnera cette année une production de Forêts, un texte de Wajdi Mouawad, en coproduction avec une compagnie québécoise).

Une fois l'émotion passée, je suis entrée voir ce que pouvait me réserver le destin. Et paf! C'était vraiment ma journée! Non seulement ai-je pu me présenter, mais le directeur artistique était présent sur les lieux. Non mais... faut pas être chanceuse un peu? Je lui ai filé ma carte, lui ai touché deux mots sur mon projet, ai tenté de susciter chez lui un peu d'intérêt. Maintenant, il faudra attendre pour savoir si j'ai réussi à semer la graine qui me permettra d'entrer en conversation avec lui!

Le prochain arrêt programmé à Lille, après la glace, nécessitait un petit tour en métro jusqu'à Roubaix. Là-bas, c'est Stéphane qui nous attendait à La Condition publique. Tenez, les lieux sont tellement beaux qu'il faut absolument que vous voyiez quelques photos.





Entreprise de revitalisation culturelle, la Condition publique est une opération des plus impressionnantes. Avec une salle de spectacles pouvant accueillir jusqu'à 800 personnes, deux aires d'exposition, des salles de réunion, des bureaux mis à la disposition de jeunes entreprises à vocation culturelle, un resto-bar et un jardin urbain, la CP est une véritable ruche artistique dont le potentiel énorme est déjà mis en valeur par une équipe des plus dynamiques. Tout ça dans une ancienne fabrique de laine! Et que dire de la programmation? À mon avis, elle a vraiment de quoi motiver les gens à prendre la route pour le Nord. On y prépare entre autres, pour octobre, un festival de musique néo-brunswickoise dont j'ai très hâte d'entendre la suite.

Pour l'instant, vous aurez deviné que je suis ravie de mon crochet au Pas de Calais, mais crevée comme vous ne pouvez pas vous imaginer... Allez, un p'tit dodo avant ma dernière journée sur Paris. Demain soir, c'est un autre départ qui nous attend!

6.18.2007

Entre les guimauves et les choux à la crème

J'arrive d'un rendez-vous avec Julien ce soir au Divan du monde pour voir des choux et des navets, enfin des étudiants d'une école de chant ici à Paris qui soulignaient leur fin d'année avec un spectacle de variété dans un super bel espace, en plein 9e arrondissement, tout près de Pigalle. On en a vu de toutes les couleurs, des femmes fatales en formation et des chanteurs aux petits sentiments à l'eau de rose... La relève de France, quoi. J'en ai encore mal aux côtes, et je suis bien triste d'avoir déjà dû dire au revoir à mon ami Bessouls, qui doit ab-so-lu-ment venir à Moncton pour la FrancoFête en novembre. (Tu m'as entendu, Julien? Ab-so-lu-ment!)

L'expédition au centre-ville avec Annette cet après-midi m'a réservée elle aussi sa part de surprises, dont la suivante dans un rayon sur le boulevard Hausmann. C'est un spécial dédicace à l'équipage des Déferlantes francophones de Capbreton, qui saura sûrement reconnaître le clin d'oeil :


Pour les intimes, il faut savoir qu'Annette ne magasine pas n'importe où à Paris. Oh que non! Regardez l'ambiance dans laquelle je me suis promenée pendant qu'elle essayait des vêtements :

C'est pas le Dollarama, vous êtes bien d'accord avec moi? J'avais déjà vu ça sur une carte postale, il y a plusieurs années, mais les Galleries Lafayette en personne, c'est vraiment quelque chose. J'étais bien trop émue par les chiffres inscrits sur les étiquettes pour même songer à acheter quoi que ce soit. (!)

Et demain, que faisons-nous demain? On se repose! Eh ben oui. J'ai ouï-dire qu'on annonce un frais 28 degrés au soleil, alors j'en profiterai sûrement pour faire des progrès dans mes travaux d'étudiante. Et qui sait? Si je travaille bien, j'aurai peut-être droit, en soirée, à une sortie au cinéma...

6.17.2007

Le tout-Paris, à modeste prix!

Après Amiens, c'est à Paris de subir l'assaut de cette modeste voyageuse. Cette semaine, je loge très confortablement au 9e arrondissement avec Annette, ma directrice de thèse, avec qui je prévois dès demain une grande expédition de magasinage. Par contre, je ne sais pas si mes efforts seront aussi bons que les siens... À cause du portefeuille, bien sûr, mais aussi parce qu'un malaise inattendu de femme enceinte s'est pointé cette semaine : une circulation sanguine quelque peu entravée au niveau des jambes, sans doute une situation naturelle lorsqu'on est à la 28e semaine de grossesse... Entécas. Quand on a trois é-nor-mes paliers à gravir en collimaçon avec tous ses paquets, laissez-moi me dire qu'on prend son temps et surtout, qu'on y pense à deux fois avant de tout acheter sur les rayons!


Le soleil a tout de même trouvé le temps de se pointer cet après-midi, et c'est très bien parce qu'Isabelle et moi avions rendez-vous avec notre ami Claude, un Parisien à mi-temps, Acadien adopté. Quand le temps s'est enfin gâté, nous avions tout de même traîné quelques heures sur une terrace à siroter de l'eau fraîche et à parler cinéma (Claude est directeur artistique du FICFA depuis quelques années). Chanceuses que nous sommes, Isabelle et moi avons même eu droit à un tour du tout-Paris à bord la voiture de Claude (merci Claude!)
Au programme demain, après la séance magasinage : une rencontre avec un super programmeur-encadreur d'artiste-organisateur d'événements extraordinaire, Julien de lifelive. Qu'elle est pénible, cette vie de chercheuse! Toujours obligée de passer du temps avec des gens sympa...

À nous la route! ou, l'arrêt 1, Tour de France III

Je suis de l'autre côté de la flaque depuis quelques jours déjà (depuis le 12, en fait), et j'ai enfin trouvé un branchement internet pour envoyer aux curieux des nouvelles et quelques photos. Vive le wi-fi!



D'abord, qu'est-ce qu'une tête chercheuse peut bien faire sur Amiens en une semaine si pluvieuse? (Il pleut tous les jours depuis mon arrivée!) Eh bien... Je réunionne avec mes collègues! Regardez comme ils sont sérieux...


Les rails m'ont donc apportés jusqu'à Amiens mardi dernier, à quelques petites heures au Nord de Paris, où j'ai assisté à un colloque du Réseau français de sociolinguistique sur le thème de l'intervention. Le soir, une fois les séances de communication terminées, j'en ai bien profité, avec mes collègues, pour sillonner les rues de cette ville à 130 000 habitants dont la plus grande attraction reste une immense cathédrale. Vous la connaissiez?

Côté cuisine, j'ai mangé ma toute première galette du séjour mercredi soir, qui sera certainement accompagnée dans la vingtaine de journées qui suivent par toute une succession de gourmandises. Hmmm... À quel point je peux mettre ça sur le dos de la grossesse? Quoi qu'il en soit, j'ai appris à commander le "café gourmet", que je recommande fortement à quiconque a comme moi une petite dent sucrée...

5.08.2007

Des ambassadeurs culturels de l'Acadie

Un petit texte signé de ma plume est paru dans l'Acadie Nouvelle du 28 avril dernier en prévision des États généraux. Je viens de voir que l'intégral est réservé aux abonnés du journal, alors je le reproduis ici.

Il est trois heures du matin. Dominique Dupuis, Rémi Arsenault, Steve LeBlanc, Fayo et Théo Brideau rangent leurs instruments après une longue journée de travail sous la chaleur intense des projecteurs. En coulisses, la gang de Vishtèn chante quelques morceaux avec Roland Gauvin et échange quelques histoires avant de rentrer. Le soleil se lèvera dans quelques heures, et pourtant, sur une scène improvisée, Joseph Edgar, Suzanne Léger et Marie-Jo Thério se livrent en musique à une foule qui, sous ses pieds dansants, génère un nuage épais de poussière.

C’est l’été, en pleine canicule, et je porte pendant deux semaines mon chapeau d’ethnographe. Plus précisément, j’observe les conditions de travail de l’artiste acadien qui, par son métier, est amené à traverser tout un océan pour se livrer en spectacle à l’étranger – en l’occurrence, dans deux festivals en France (le Festival interceltique de Lorient, en Bretagne, et les Déferlantes francophones de Capbreton, tout près de la frontière espagnole). L’expérience est révélatrice : je croise tous les jours des êtres généreux, passionnés, qui vivent pour leur métier et qui passent leur temps sur scène à parler d’un sujet qui leur est cher : l’Acadie. Soir après soir, ces artistes de chez nous décrivent nos paysage, notre langue, notre folklore, nos préoccupations. Et leur passion, si palpable sur scène, est contagieuse : nombreux sont les spectateurs qui veulent désormais découvrir à tout prix ce mystérieux coin de pays qui suscite tant d’émotion chez ces artistes qui savent déplacer une foule.

La présence de ces artistes acadiens sur la scène européenne ne date pas d’hier. Grâce entre autres aux efforts de la Stratégie de promotion des artistes acadiens sur la scène internationale, une initiative de la SNA, toute une série d’artistes sont invités depuis plusieurs années à se livrer en spectacle à l’étranger. Aux Déferlantes francophones, la présence d’artistes acadiens remonte à 1997; au Festival interceltique, le pavillon de l’Acadie est un principal lieu de fête depuis 2004. Et dans tous ces lieux, nos artistes sont attendus. Vous conviendrez que le choc culturel est inévitable quand on entend pour la première fois une foule française entamer en chœur le refrain d’une chanson de Fayo.

En rentrant chez moi après ces deux semaines intenses d’échanges, d’entretiens et de nuits blanches, je me demande comment se vit le retour pour ces artistes qui, quelques semaines par année, sont de véritables ambassadeurs culturels de l’Acadie. « C’est difficile », m’a confié l’un d’eux. On rentre chez soi épuisés après avoir s’être livrés à fond, et souvent, peu de gens sont conscients du rôle que l’on a joué.


Peut-être est-ce un peu ma responsabilité, à titre de témoin, de vous dire l’énergie et le temps que consacrent ces musiciens à la promotion de notre coin de pays. En tout cas, si vous les croisez bientôt, au marché ou sur la scène, prenez le temps de les remercier de leurs efforts. Dans bien des cas, c’est à travers leur art qu’une multitude de gens connaissent désormais l’Acadie et la portent dans leur cœur.

1.05.2007

Sortons un peu des sentiers battus

Nos amis français n'ont pas que les croissants, la tour Eiffel, le bon parfum et les bérets à nous offrir - que non! Loin de vouloir faire l'Américaine soit-disant spécialiste des anciens pays après y avoir séjourné brièvement, rôle joué *admirablement bien* (hem hem) par les journalistes canadiens Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, j'avais envie de partager avec vous quelques coins un peu inusités de ce pays que nous avons depuis longtemps réduit au cliché.

Le premier lieu se trouve à Paris, sur la rive gauche bien convenablement : les bureaux du parti communiste français. Les battants étaient fermés le matin où nous les avons croisés, sinon nous aurions bien pris la peine de voir qui y travaillait. Hélas, ce sera pour une autre fois!


Vous verrez de loin le deuxième lieu si vous empruntez depuis Avignon la direction de la Durance. C'est un petit château qui règne depuis sa colline sur la commune de Châteaurenard et qui, depuis la Révolution, a été réduite à deux tours plutôt que ses quatre d'origine - les habitants des environs ont trouvé de bien bons matériaux de construction dans les murs de leur château (hé qu'ils étaient smartes!). Alors que nous admirions le paysage des environs et que David, à quatre pattes dans la végétation, testait la fonction macro de notre appareil, mon ami Romain et moi avons croisé Vincent, le guide du château, qui préparait ce jour-là un banquet médiéval pour une fête surprise ce soir-là. Nous avons eu droit du coup à une visite personnalisée des lieux.


Et à Paris, il faut dé
ambuler dans les ruelles pour voir des vitrines comme celle-ci qui m'a fait craquer :


Il y aurait encore tant de choses à dire et à montrer, mais bon... Faudrait peut-être que vous y alliez pour voir de vous-même, non? Quant à moi, j'ai beaucoup de boulot alors j'y vais : c'est la rentrée dans quelques jours et mes étudiants aimeraient sûrement que leur prof soit préparée...

12.22.2006

Les incontournables de France

Avez-vous déjà lu un guide de voyage qui décrit la région que vous habitez? Moi si, le Lonely Planet Canada avec son minable chapitre sur le Nouveau-Brunswick. On y parle de la Côte magnétique, du Palais Crystal je crois, d'autre chose aussi? L'expérience, quoique manifestemment oubliable, m'a convaincu que les pistes posées à l'intention du touriste ne sont pas celles que retiendraient ceux qui habitent les lieux décrits. Le Parisien moyen nous conseillerait-il une visite au pied de la tour Eiffel?


Nous conseillerait-il plutôt la butte de Montmartre? Le musée de l'érotisme? Les ruelles du Marais?

Vous qui me lisez depuis l'autre côté de la flaque ou dont les souliers de marche vous aurez traîné jusque dans les vieux pays, quels sont les vrais lieux incontournables de la France?

Un homme et sa fourchette


David a bien profité des talents culinaires des pâtissières et cuisinières de France. Pains chocolats, tartes salées, entrecôte, steak tartare (!), rien ne lui est désormais étranger. Moi non plus d'ailleurs : mon pèse-personne confirme que j'ai pris quatre livres en quinze jours. Grosse cochonne, oui! Mais vous auriez fait pareil : comment résister une tarte à la citrouille faite avec amour ou un croissant chaud cueilli chez la boulangère aux premières heures du matin?

12.17.2006

colloque sur le théâtre des minorités : petite réaction à chaud

À la conclusion du colloque auquel j'ai participé cette semaine à l'Université d'Avignon, je trouve à la fois difficile et stimulant de vivre mon paradoxe d’étudiante chercheure et engagée. J’explique : la chercheure est ravie d’avoir pu disposer d’une plate-forme qui lui a permis de partager les fruits d’une recherche avec des collègues qui, en tête à tête surtout, ont eu la générosité de d’évoquer des questions stimulantes et productives. L’étudiante engagée, par contre, a été profondément désolée de constater qu’elle n’a pas eu le courage de lancer un débat sur la dynamique paradoxale qui animait les échanges du colloque. J’étais, par exemple, un peu abasourdie d’apprendre que j’allais devoir évoquer pour des collègues linguistes les répercussions au Canada et ailleurs dans la francophonie d’une politique unificatrice menée à bien par une ancienne administration française qui a voulu se servir d’un dialecte parmi tant d’autres pour créer un territoire « uni ». Vous comprendrez qu’il est un peu délicat lorsqu’on est minoritaire de souligner en France de tels enjeux sur un ton revendicateur, d’autant plus devant une personne qui affirme en guise de réponse que la dynamique ayant animé la langue française n’est pas différente de celle qu’a connu l’anglais, l’espagnol, le portugais… Que cette opposition ait été formulée par l’organisateur d’un colloque sur les minorités, un chercheur tout à fait à même de connaître les enjeux tels qu’ils sont vécus chez moi puisqu’il y a fait du terrain, me désole profondément. Toujours est-il que j’ai senti la délicatesse d’une situation que j’ai cru bon ne pas saisir jusqu’au bout.

L’étudiante engagée que je suis a également sur le cœur la difficulté d’avoir été réduite à l’état de « locutrice native » quand j’ai cherché à rectifier le tir d’une interprétation mal informée sur le chiac. L’interprétation en question se reportait à une situation que je connais du fait que je la vis, c’est vrai, mais j’ai aussi lu des études savantes à ce sujet. Car le rapport affectif à l’anglais des locuteurs du chiac, qui n’est pas celui d’un « rejet » ou d’un manque de respect comme l’affirmait l’intervenant (encore l’organisateur du colloque), ce rapport a été documenté par plusieurs chercheurs du Centre de recherches en linguistique appliqué à Moncton, dont Gisèle Chevalier, et en France par Marie-Ève Perrot. Je n’ai pas osé réagir à chaud à ce que j’ai perçu comme étant une concession condescendante, mais j’ose croire que plusieurs participants auront savouré l’ironie de voir à l’œuvre une violence symbolique au sein d’un colloque sur la minorité à laquelle participait justement l’organisateur.

Tout ceci pour dire que j’ai marché sur une corde raide pour ne pas bousculer le bon-entendisme qui anime souvent les discussions dans un colloque savant. Avec un peu de recul, je m’en veux profondément. Mais surtout, j’ai pour regret de n’avoir pas pu participer à des discussions qui, ne sait-on jamais, auraient pu être productives.

J’ai beaucoup réfléchi en pondant ces quelques lignes, et je me demande si je publierai ailleurs l’article qui découlera de ma communication. Ce serait, après tout, un peu hypocrite de la part d’appuyer par ma contribution aux Actes un projet qui à mes yeux n’a pas été sincère...

Des nouvelles de la France - y'était temps!





David et moi sommes en France depuis deux semaines, et ô honte, je n’ai pas pris le temps de donner des nouvelles aux curieux qui me lisent chez nous. Comme nous avons oublié le raccord USB qui sert à transmettre les photos de notre appareil, les mots devront suffire pour l’instant. C’est comme ça en voyage : il faut faire avec les moyens qu’on a.


Cette édition hivernale du Tour de France est marquée par les retrouvailles : avec Chantal et Michel à Poitiers, dont nous connaissons très bien les enfants. Avec Rémy à Angers, spécialiste des vaches et nouveau converti aux merveilles linguistiques du chiac. Avec Julien à Paris, qui nous a promis la protection maffieuse du patron d’un restaurant où il est un grand habitué - et avec un peu de chance, nous dormirons dans sa chambre de singes mardi soir. Retrouvailles avec Romain aussi, chef d’un logis sans pareil en frontière d’Avignon, où je saisis justement ces quelques lignes. Et Claudine, que j'ai vu en conférence jeudi et que nous retrouverons à Grenoble demain. C’est un voyage où l’on ne peut pas s’empêcher de se sentir bien accueillis.


David est en béate admiration devant la cuisine française et connaît désormais de fond en comble la ville d’Avignon, où il a erré pendant des heures pendant les trois jours que j’étais en conférence. Depuis le premier jour de notre séjour, les soirées sont passées en agréable compagnie autour d’une table, et bien que nous n’arrivions pas encore à nous habituer à l’horaire des repas en France, nous ne nous lassons pas des gens. Hier, nous avons fait les touristes dans les alpines de Provence, jusqu'aux Baux de Provence où nous avons admiré l'oeuvre de Cézanne à la Cathédrale d'images.



La soirée a été passée à manger des mandarines et à échanger des mondainités dans un vernissage à Avignon, où j'ai pu constater l'efficacité de mes antennes de chercheure. À preuve, deux contacts : une attachée de presse au Festival d'Avignon et un comédien marseillais qui a tourné au Québec et en Acadie. Comme quoi le monde est si petit...


9.21.2006

On s'en va-t-en France

Et si je vous disais que vous aurez bientôt en France la visite de quelques artistes acadiens?

Fayo sera en spectacle au Zèbre de Limoges le 26 septembre, à l'Espace culturel de Saint-Laurent sur Gorre le 29 septembre, au Cinéma Le Rex de Saint-Léonard de Noblat le 30 septembre, et au Théâtre Alexandre Dumas de Saint-Germain en Laye le 7 octobre.

Roland Gauvin partait hier pour la France faire une série de spectacles et rencontrer l'artiste breton Gilles Servat avec qui une collaboration se dessine. Il faudra donc garder un oeil ouvert pour son passage près de chez vous.

Quant à Dominique Dupuis, je l'ai croisée à l'université hier après-midi et il semblerait qu'elle s'envole pour la France elle aussi dans les jours qui suivent. Elle participe d'ailleurs à une série de spectacles avec Fayo intitulée L'Ordre du bon temps. Détails à suivre...

8.08.2006

À propos des maquereaux

Billet d'humour inspiré d'expériences trop nombreuses pour les citer toutes.

Aux filles qui voyagent seules en France, petite mise en garde : y'a beaucoup de maquereaux en France. Si vous êtes aussi *chanceuses* que moi, pas une journée ne passera sans que l'on cherche à vous draguer; vous vous ferrez dire des choses comme...

- Tu me troubles.

Ou encore :
- Qu'est-ce qu'une fille comme toi fait à se promener toute seule ici?

Ou même :
- J'aurais voulu te rencontrer plus tôt pour pouvoir te draguer convenablement.

(Oui oui, vous vous reconnaissez, chers messieurs...)

Il importe peu que l'on ait une bague à la main. D'ailleurs, j'ai l'impression que mon bling de fiançailles a plutôt servi d'aimant que de repoussoir. Mais l'avantage les filles, l'avantage, c'est qu'on a rarement à traîner ses valises ou payer sa propre bière...

8.06.2006

Le Festival interceltique de Lorient : en Acadie, un silence qui m'étonne

Après avoir vécu en personne l'expérience du Festival interceltique, que je ne peux qualifier autrement qu'intense, j'ai été étonnée de voir qu'on a à peine fait état de l'événement en Acadie. J'aurais dû me douter que ce serait le cas, aucun journaliste canadien à l'horizon à Lorient.

Pourquoi ma surprise? Vu de là-bas, le succès de la présence acadienne au FIL est incontestable : la foule est dense, intense, on à peine à faire sortir les gens à 2h30. Les gens se tassaient dans la rue à force qu'ils étaient nombreux à vouloir entendre nos artistes et danser sur leur musique.


Heureusement, les médias lorientais n'ont pas hésité à reconnaître et souligner l'apport de l'Acadie cette année :
http://www.letelegramme.com/gratuit/dossier/FIL/art_567725.php
J'en suis à me demander quelle responsabilité je peux bien avoir quand il s'agit d'informer les gens de chez nous.


En passant, saviez-vous que Fayo a lancé son tout dernier album à Lorient cette année? Eh oui! Le tout premier exemplaire d'Accent aigu a été tiré dans la foule le jeudi soir 3 août. Fayo, chus fière de toi man!

Lorient, take 2

L'impression de boucler un circuit : c'est ce qui m'habite en rentrant à Lorient le 30 juillet. J'y étais au début du mois en colloque, j'y retourne pour autre chose tout à fait : le Festival interceltique.

Le plus clair de mon temps à Lorient sera passé cette fois au Pavillon de l'Acadie du Nouveau-Brunswick (longue histoire de financement, ce Nouveau-Brunswick annexé au titre), une grande tente blanche perchée sur le Quai des Arts. Je m'y rends tous les jours à vélo vers 14h, pour y rester jusqu'aux petites heures du matin (ça fête fort, ces artistes!).


Pendant quatre jours, je réponds soigneusement, attentivement, aux questions des gens venus en touristes au pavillon voir les spectacles gratuits de Fayo, Vishtèn, Dominique Dupuis et Roland Gauvin. Et tous les jours, j'entends les mêmes questions. Comment y répondre patiemment quand on les entend mille fois?

- L'Acadie, c'est au Québec?
- On parle français en Acadie?
- L'Acadie, c'est au Canada ou aux États-Unis?

Des fois, j'ai l'impression qu'on part de loin. Heureusement que j'ai à mes côtés de fidèles collègues sur qui m'appuyer : Amélie et Maurice du Centre d'études acadiennes à l'Université de Moncton.

8.01.2006

Capbreton - Dax - Bordeaux - Lorient

En voyage, il y a de ces journées qui sont très longues. C'était le cas pour moi le 30 juillet, jour où j'ai quitté Capbreton et ses Déferlantes pour filer la côte atlantique jusqu'à Lorient, la dernière destination de ce tour de France improvisé.

Le jour du départ, donc, s'est entamé en vitesse. Au lit encore toute habillée après une nuit à avoir trop fêté, j'ai loupé mon réveil prévu pour 6h45 et ratté du même coup la navette qui partait à 7h15 pour ramener la délégation acadienne à Dax -- mes yeux se sont ouverts à 7h36 très exactement. Après une course démente, un coup de fil bien placé, une descente en cavale avec ma valise BEAUCOUP trop volumineuse, j'ai vu qu'un ange gardien veillait sur moi : la navette n'avait pas encore quitté Capbreton et passerait me chercher. J'ai eu la plus grande honte en montant à bord sous les applaudissements des gens qui découvraient à quel point la chercheure pouvait être *sérieuse* dans son travail...

De mon état, ce matin-là, cette photo communique l'essentiel :

Avec deux heures de sommeil dans le corps et l'équivalent de dix kilomètres carrés de fumée dans mes poumons, le trajet entre Dax et Bordeaux aurait dû être passé sous des paupières scellées. Or j'ai plutôt écrit, beaucoup écrit : l'heure était aux bilans puisque j'allais filer d'un festival à un autre, et je voulais pouvoir distinguer les deux expériences.

À Bordeaux, une agréable surprise m'attendait : pour trois euros, j'allais pouvoir prendre une douche à la gare. Un jet d'eau a rarement été si apprécié qu'à ce moment-là!

7.29.2006

Les Déferlantes en images : scènes nocturnes

C'est ici que ça fêtait, jusqu'aux petites heures du matin :

Les belles photos claires de nos amis musiciens (soit les trois dernières, de 1) Joseph Edgar et Marie-Jo Thério; 2) Suzanne Léger, Joseph Edgar et Damien Robitaille; et 3) Mes Aïeux et Yann Perreault) ont été prises par Albert Weber, journaliste chez Chorus. Vous trouverez ces photos, avec d'autres, sur le blog de l'équipe des Déferlantes francophones à www.lesdeferlantes2006.blogspot.com. Allez y jeter un coup d'oeil, vous ne serez pas déçus!

Les Déferlantes en images : le jour

La scène extérieure, en bord de plage bien sûr.


photo de Damien : YasminaKLM

Prochain arrêt : Les Déferlantes francophones

Des fois, le monde est vraiment très petit. J’étais installée depuis quelques minutes dans le bar du TGV 5221, et qui je voyais passer? Un écrivain de Moncton. Au départ, c’est Fayo que j’ai croisé sur le quai. Et depuis, toute une série de musiciens de Moncton et les environs, une gérante d'artistes, une représentante de la SNA. Il faut dire que le coup était prévu : j’avais rendez-vous avec la délégation acadienne à Dax, où j’allais prendre l’autobus en direction de Capbreton. Au programme, quelques jours d’observation participante aux Déferlantes francophones, où l’Acadie est présente depuis neuf ans déjà. Cette année, toute une brochette d’artistes franco-canadiens se sont succédés sur la scène : Marc Lemyre, Marcel Aymar, Damien Robitaille, Joseph Edgar, Marie-Jo Thério, Dobacaracol, Mes Aïeux, Thomas Hellman, d’autres trop nombreux pour les nommer tous. J'exagère à peine en disant que mon enregistreuse n'a pas dérougi de la semaine. Car avant même d'être spectatrice aux Déferlantes, je suis chercheure, et c'est en chercheure justement que j'étais présente sur l'événement. Ah, si tous les terrains de recherche pouvaient être si agréables!

C’est dans cet esprit et ce contexte que j’arrivais à Dax sur le TGV de 19h15 le 25 juillet. Le directeur des Déferlantes francophones m’y avait donné rendez-vous par courriel en me disant que je pouvais prendre la navette avec la délégation acadienne pour Capbreton, à quarante minutes au sud de Dax, où se déroulerait la neuvième édition de son festival. Une fois passées les premières formalités, on a voulu en savoir un peu plus sur la personne que je suis, et tout l’entourage a su peu à peu que je prépare une thèse de doctorat sur la circulation des artistes acadiens dans les réseaux de diffusion du spectacle francophones (l'enthousiasme avec lequel sera accueillie la nouvelle de ce projet ne cessera pas de m'étonner tout au long de mon séjour). Ce renseignement apporté, la discussion s’est poursuivie comme si rien n’était (à mon grand soulagement), à cette différence près qu’elle se déroulait désormais sur un registre plus familier.

Arrivé sur Capbreton, la navette a fait un détour pour nous montrer la mer – avant-goût des séances de baignade qui suivraient – puis nous a amenés au Lycée, où j’allais loger avec les artistes. Au fond du couloir, j’établissais un lieu de résidence provisoire derrière une porte sur laquelle on pouvait lire « Sonya Malamerta » (j’ai rayé le « merta » au stylo et l’ai remplacé par les lettres qu’il faut). Le temps de poser mes valises et m’essuyer le front puisqu’il régnait sur la France une chaleur infernale, j’ai filé avec tout le monde à un souper de réception à la Pergola, un restaurant du coin où allaient se dérouler tous les repas du midi. Autour d’une bouteille de vin rouge sans fond, la soirée a été passée en compagnie de Gab, Mario, Marc, Suzanne, Steve et Rémi, ces gens qui m’entouraient à la table.

Photo : Yasmina KLM

Le reste de la semaine - je vous épargne tous les détails - a été consacré à mille et une discussions avec des gens généreux, attentionnés, sensibles. Mes journées de travail s'entamaient typiquement vers 13h, quand je filais après une grasse matinée pour la Pergola dîner et faire quelques entretiens. Vers 15h, je filais invariablement pour la mer en attendant le premier spectacle de la journée, en bord de mer justement, à 17h30. Suivait une autre séance de baignade, suivi du souper/cauchemar de végétarienne à 19h30 (la pauvre serveuse me connaissait bien à la fin de la semaine et me filait de la baguette pour que je puisse m'improviser des sandwichs pendant que les autres mangeaient du coeur de canard, des ailes de poulet ou du poisson). Le spectacle suivant commençait vers 21h dans la salle tout à côté de l'espace où nous soupions, puis à minuit trente, c'est le gros JAM (ou boeuf comme disent les Français, quelqu'un peut me dire pourquoi?). Moi qui suis d'ordinaire si *sage*, j'ai vu maints levers de soleil à Capbreton, j'ai mangé des croissants tout frais sortis du four à l'ouverture de la boulangerie en passant me coucher.

Cette semaine passée à Capbreton à déferler parmi les artistes franco-canadiens m'a appris quelque chose de très précieux. Dans un milieu comme le mien, où les résultats priment, où les projets se succèdent, où la rentabilité est prisée, pour ne pas dire exigée, nous sommes peut-être plusieurs à avoir oublié l’importance de notre engagement sur le long terme en tant que chercheurs. Or j’ai l’impression, en faisant le bilan de ce premier séjour aux Déferlantes francophones, que c’est en multipliant les contacts, en prenant le temps de s’investir dans le quotidien des gens - non pas artificiellement mais pour vrai - , qu’on accède à de précieux éléments d’information qui peuvent nous permettre de saisir de précieuses informations qui donnent tout un sens aux situations qui retiennent notre attention. Ces quelques derniers jours, j’ai fêté, crié, ri, mangé avec les délégués et les artistes des Déferlantes. Jusqu’aux petites heures du matin, j’ai beaucoup échangé avec eux. Toujours sur un registre informel, nos discussions ont été des plus enrichissantes : pour moi, une fenêtre s’est ouverte sur leur monde (et peut-être pour eux aussi, c'est eux qui vous le diront). Leurs préoccupations professionnelles, leurs parcours, leurs projets d’avenir, peu à peu m’ont été dévoilées. Par pudeur, j’ai attendu quelques jours avant de sortir l’enregistreuse. Ma préoccupation première était de rencontrer les gens, tout simplement, savoir qui ils étaient et leur expliquer peu à peu les questions que je me pose comme chercheure. La stratégie a été bonne je crois : une fois l’enregistreuse partie, les échanges gardaient l’esprit de convivialité qui les habitaient aussi aux petites heures du matin. Parfois, l’enregistreuse est restée dans mon sac : en ces moments, on me répondait avec honnêteté des réponses parfois difficiles sur les rapports avec les partenaires français, les artistes québécois, les problèmes d’organisation et de subventions. Ces renseignements resteront toujours confidentielles, et auront ceci d’utile qu’ils me guideront, je crois, dans mes observations futures.

Capbreton plage

En marge du festival, j'ai fait de la plage. Et quelle plage! L'eau était salée, salée salée. On y flottait sans le moindre effort, les vagues déferlaient sans répit, l'eau qui nous submergeait brûlait les narines, la gorge, les yeux. J'étais aux petits oiseaux! M'y voici avec Mario dit Fayo.